C’est une phrase qu’on entend régulièrement.
Pas toujours frontalement, mais elle est là, en arrière-plan des discours de certains parents inquiets, d’élèves découragés, ou même de profs de lycée un peu débordés malgré une envie sincère de changer les choses.
« Le niveau baisse. » est malheureusement devenu un très bon exemple de présent de vérité générale.
Mais quand on gratte un peu, les opinions divergent. Entre les parents ou grands-parents qui opposent ce qu’ils ont connu à ce que vivent profs et élèves de nos jours ; la dévalorisation systématique des examens officiels ou la baisse concrète des résultats scolaires (enquête PISA), on a vite fait de chercher un coupable plutôt que des solutions.
Ce que me disent les parents : « On ne comprend plus ce qui se passe »
« Il n’arrive plus à suivre en classe. Il comprend à la maison, mais au lycée, il décroche. »
« Elle avait des facilités, et d’un coup, elle s’effondre. »
Ils ne parlent pas d’un manque d’effort ou de motivation. Ils parlent de fatigue, de perte de repères, de stress.
D’enfants qui se débattent avec un système qui semble trop rapide pour eux, ou trop rigide.
Des parents qui sentent bien qu’il y a quelque chose qui coince, mais sans toujours savoir quoi.
Du côté des élèves : fatigue, pression, isolement
« J’ai peur de poser des questions, on va croire que je suis bête. »
« Il me manque souvent des infos. J’ai le cours, mais aussi des questions sans réponses »
« J’ai l’impression que les profs pensent plus à boucler le programme qu’à nous aider. »
Ce ne sont pas des plaintes, ce sont des signaux d’alerte.
Ils disent : je me sens seul·e, dépassé·e, invisible parfois.
Ils ne sont pas moins intelligents que les générations précédentes, ils sont plutôt sursollicités et souvent épuisés. Par les réseaux, par les attentes, par la pression du « sans faute ».
Les profs eux-mêmes en sous-effectif, sous tension
« On n’a plus le temps. Le programme est lourd, et les élèves sont moins disponibles. »
« Il faudrait qu’on puisse s’arrêter, revoir les bases, mais ce n’est jamais le bon moment. »
Bref, peu importe où on regarde, personne n’a l’impression d’avancer comme sereinement dans un environnement propice à l’apprentissage !
Et les adultes autour — parents, enseignants, accompagnants — sont eux aussi en tension, pris entre le besoin d’être rassurés et le manque de confiance dans l’éducation nationale.
Et si on changeait de regard ?
Alors, oui, certains résultats baissent. Oui, des écarts se creusent. Mais mettre ça uniquement sur le dos des élèves, ou sur l’inaptitude d’une prof, ce serait passer à côté de l’essentiel.
Souvent, quand j’ai en cours particulier un élève dont la prof est « nulle », je prends quelques minutes pour qu’on réfléchisse sur ce qui pourrait être le point de vue d’un enseignant. On juge vite la « mauvaise volonté » de quelqu’un, et on réagit à hauteur de ce qu’on s’est imaginé. J’essaie juste de rétablir le bénéfice du doute, de désamorcer une sorte de dispute fondée sur des suppositions.
Quand les premiers signes apparaissent : des bases reconsolidées, une confiance qui revient, une capacité à se saisir de ses connaissances pou mener une réflexion personnelle, et que je questionne l’élève, je remarque qu’un meilleur rapport avec le lycée ou le collège s’est créé.
Alors, le niveau baisse, ou les défis changent ?
Alors, le niveau baisse ? Peut-être.
Mais ce que je vois, surtout, c’est un système en tension, et des jeunes qui font ce qu’ils peuvent pour tenir debout dans un monde qui ne ralentit jamais.
Bien sûr, c’est un travail qu’un prof qui doit gérer des classes entières ne pourra pas faire spontanément. Mais une identification précoce des difficultés d’un.e jeune, et la mise en place d’une aide ponctuelle dès les premiers obstacles peuvent vraiment l’aider à garder le pied à l’étrier.
Mes conseils pour éviter la chute du niveau scolaire de votre enfant :
N’hésitez pas à demander à l’enseignant des exercices complémentaires, en plus d’aider votre ado à réviser, cela montrera sa bonne volonté et apaisera la relation.
Misez sur l’entraide : amis, famille, associations… Vous trouverez forcément une personne qui saura vous apporter une aide précieuse. Et cherchez en quoi votre enfant peut aider à son tour. Rien de mieux pour le revaloriser.
N’entrez pas dans le jeu des comparaisons : il y a 20 ans, on n’avait pas autant de sollicitations, on avait des choses à régler, bien sûr, mais on sait aujourd’hui que l’omniprésence d’internet est une vraie source de déconcentration. Les moyens dont dispose l’Éducation nationale se détériorent année après année, n’ajoutons pas d’huile sur le feu en décrédibilisant tel ou telle prof. Ne comparez pas non plus vos jeunes entre eux, ils font déjà de leur mieux dans leur propre contexte. Bien qu’une légère compétition puisse être bénéfique à certains, ça doit rester un jeu.
Soyez du côté de votre enfant. Je ne parle pas de prendre son parti à tout moment, pour son bien il faut lui signaler les failles que l’on décèle. Je parle de ne pas critiquer qui il est, sa sincérité ou son engagement. Il doit savoir qu’en cas de besoin, vous êtes là.
Pour terminer, à ceux qui ironisent sur l’Éducation nationale, ou qui répètent que « les jeunes n’ont plus le goût de l’effort », je dirais simplement : prenez leur place une semaine, puis on en reparle.