Nouvelle « SNCF » : Chapitre 3 – La fiancée

Ce que la grande sœur avait trouvé et qui manquait encore à la plus jeune, c’était l’Amour, celui qui nous porte jusqu’aux nuages ou au soleil juste en évoquant un petit souvenir de la veille. Elle était fiancée ( le statut le plus officiel qu’elle avait connu jusque là ) à un homme au cœur incroyablement généreux, au dévouement illimité. Il était prêt à tout pour elle, elle lui vouait une confiance infinie. C’était une très belle histoire, romantique, il avait quitté son pays et tout ce qu’il avait pour elle. Elle l’avait attendu, n’avait pas tenu compte des conseils des amis qui avaient eu parfois peur qu’elle ne l’idéalise ou qu’il ne tienne pas sa promesse. Elle avait toujours su qu’il l’aimait trop pour renoncer à elle. Il était, à lui tout seul, l’Amour. 

Il savait comment aimer, rassurer, respecter. Il avait tout le temps des idées pour lui faire plaisir, il ne supportait pas que le moindre problème ne vienne assombrir sa journée. Il lui apprenait beaucoup sur la patience, l’art, et l’équilibre émotionnel. Elle apportait à leur relation sa “ spontanéité ”: mal organisée, elle improvisait facilement, et son humeur bancale apportait de nouveaux sujets de conversation. 

Il parait à toutes ses failles, avec lui elle se sentait largement à la hauteur de tout ce qu’on pouvait attendre d’une adulte de son âge. Le plus souvent elle arrivait même à croire que c’était bien elle qui était capable  ! Elle profitait aussi de l’expérience de son fiancé en tant que papa, car il avait deux fils plus grands et parvenait toujours à un accord convenable pour toutes les parties. Souvent, c’était lui qui perdait le plus dans les compromis qu’il proposait; elle avait fini par arrêter de le supplier d’être plus équitable. Elle essayait de prendre exemple sur cette abnégation vertueuse mais cédait tout le temps à la fainéantise et à l’orgueil, et prit l’habitude de s’en nourrir au quotidien. Il avait fait d’elle le centre du monde, et elle aimait cette place désormais attitrée. 

À plusieurs reprises, elle avait essayé de lutter. D’expliquer au fiancé qu’il était aussi important qu’elle-même, qu’avant qu’il ne s’installe ici elle remplissait les missions dont il se chargeait en plus de son travail de serveur. Avec du retard, ou vite-fait, par dessus la jambe, évitait-elle de préciser. Il n’écoutait pas, se moquait un peu ou lui offrait son sourire désarmant.  

Le plus souvent ils ne se caressaient pas, ils s’accrochaient l’un à l’autre. Ainsi quand les soirs de pleine lune ou après quelques contrariétés, elle se sentait trop “à fleur de peau” ( elle détestait cette expression dramaturgique ) pour s’adonner à toute manifestation d’affection, elle entendait le bruit du cœur du fiancé qui se brisait, comme il disait en plaisantant. Et bien qu’ils en aient discuté au début de leur relation, elle ressentait le besoin de répondre à ses regards, autant que de les fuir à tout prix.

Comme de son côté, entre sa fille à qui elle était persuadée de voler son enfance, et sa sœur qu’elle blessait au quotidien de ses soi-disant succès, elle était plutôt occupée, elle cessa de lutter, se laissant emporter douillettement par la douceur du Fiancé. 

Autant que possible, elle le remerciait, au quotidien. Il jurait qu’il était heureux de prendre soin d’elle comme d’un trésor précieux. Elle reprit contact avec le Jésus de son enfance pour le remercier et s’assurer qu’Il était bien au courant, que ce n’était pas un malentendu.

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